Texte de Jean Basile








Toute l’histoire du cannabis repose finalement sur sa double personnalité physique-mentale, avec tous les imbroglios que cela peut produire.

Un des imbroglios les plus curieux de l’histoire du cannabis est certainement le fait qu’on en cultiva des champs immenses, tant en Europe qu’en Amérique, et ce jusqu’à la moitié du vingtième siècle, sans que l’on s’inquiétât trop de ses vertus hallucinogènes.

Nos grands-parents pouvaient encore se promener dans des cultures de cannabis qui s’étendaient sur des acres sans que personne ne songe à en faire une grosse histoire. Et ce n’était pas parce qu’ils en ignoraient les étranges pouvoirs. On savait parfaitement que se promener dans une « chènevière » était une expérience vaguement étourdissante et qui pouvait provoquer certains phénomènes comme des maux de tête ou le fou-rire. Diderot le signale dans l’article qu’il consacre au chanvre dans sa célèbre encyclopédie publiée au XVIIIe siècle et, avant lui, tous les auteurs de manuels pratiques de culture en font autant.

Car la culture du chanvre, comme toute culture industrielle, a été l’objet de nombreuses études fort savantes. L’on connaît des traités complets sur la culture du chanvre qui datent du XVIIe siècle.

Plus étrange encore le fait que l’on commença à s’inquiéter des effets particuliers du cannabis juste au moment où sa culture devenait trop onéreuse, c’est à dire au début du vingtième siècle. Pour la fibre textile, le coton concurrent était alors en pleine expansion. Quant à la fabrication de papier, à laquelle le chanvre participait étroitement, on venait d’inventer le procédé chimique qui permettait d’utiliser la pulpe de bois, beaucoup moins chère puisqu’il n’était pas nécessaire de la cultiver.

Quand on interdit la culture du chanvre en 1937, sous prétexte que sa résine était dangereuse pour la société, la vérité est que le chanvre n’avait déjà plus, à cette époque, aucune valeur commerciale. En clair, on l’avait toléré avec tous ses défauts, on avait même parfaitement vécu avec, tant que la plante était économiquement rentable. On la trouva insupportable, dangereuse, à l’instant que sa culture n’était plus viable.

Cette constatation a, d’ailleurs, un côté positif. La pulpe de bois ne sera pas toujours aussi bon marché qu’elle l’est aujourd’hui, maintenant que les boisés se dépeuplent et qu’il faudra, sans doute, considérer à nouveau le bois comme un combustible. Il n’est pas impossible, alors, que l’on recommence la culture intensive du chanvre, retrouvant d’un seul coup et son utilité et sa rentabilité économique.





La Culture du Cannabis
Jean Basile, Éditions Jean Basile, Montréal, 1980





Jean-Basile Bezroudnoff, 1932-1992




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